Tortues Luth
La plage des Hattes à Awala Yalimapo.
- 22 juin 2008 -
Depuis quelques temps, nous attendions le moment propice pour retourner à Awala voir les tortues.
L'année dernière, nous y étions allés en avril et les avions vues de nuit. Cette fois, pour éviter les jours fériés, les samedis et dimanches où il y a beaucoup trop de monde sur la plage, nous avons attendu que Max ait fini les cours et le bac et que Jean-Philippe soit en perm, pour pouvoir y aller en semaine, et, pour avoir une chance de les voir de jour, nous avons calé notre date sur une marée haute en début de matinée.
Mission compliquée, mais accomplie ! Et réussie !
La chance sourit à ceux qui se lèvent tôt.
En ce lundi matin, nous sommes déjà sur place, puisque nous avons dormi chez Rita à Awala, et debouts à 5h30. Il fait encore nuit. Parés de nos lampes frontales, on se dirige silencieusement vers la plage. A peine avons-nous fait un pas dans le sable, qu'on distingue immédiatement 3 masses sombres caractéristiques : 3 tortues sont en train de pondre. Des luths.
Pas un chat sur la plage. Que nous 3. Génial.
On reste près d'elles tout le temps qu'il faut pour les observer.
Ce ne sont pas des animaux rapides ! Elles en font des tours et des virons ! Et elles soufflent, elles râlent, elles pleurent, elles envoient du sable valdinguer de partout. Impressionnant.
A un moment, un souffle rauque nous fait tourner la tête vers l'océan. Y'en a une qui arrive : elle vient de remonter à la surface prendre sa respiration et est en train de nager vers le rivage. Elle s'approche du bord, fait quelques mouvements sur le sable puis, contre toute attente, fait demi-tour et repart au large. Bizarre. On ne l'a pourtant pas gênée car on était bien en retrait.
On reporte donc notre attention sur les 3 qui finissent de pondre. L'une d'elle se dirige maintenant vers l'eau et repart, avec force détours comme d'habitude, vers son élément liquide.
Restent les 2 autres. La plus grosse des 2 finit de pondre la première et semble vouloir repartir. Mais une fois arrivée tout au bord, (elle avait déjà les nageoires avant dans l'eau), la voilà qui pivote sur elle-même et reprend la direction de la plage ! Et elle remonte ! Elle a l'air épuisée et on ne comprend pas pourquoi elle se crève encore à se hisser dans le sable alors qu'elle a déjà pondu. Puis, au bout d'un temps infini, elle se met à se diriger vers sa "collègue" et nous pensons qu'elles vont finir par se télescoper toutes les deux, si ça se trouve ! Et bien, ça se trouve ! La plus grosse pousse l'autre avec sa tête et la touche avec sa nageoire. On ne sait pas si c'est un code, mais toujours est-il, qu'à partir de ce moment, toutes deux se mettent dans le sens du départ et regagnent ensemble l'océan, côte à côte, presque synchronisées !
Magique. On était bluffé.
On les a suivies des yeux tant qu'elles sont remontées respirer à la surface et jusqu'à ne plus voir que 2 sillons s'éloigner et disparaître au large.
Sur cette immense plage des Hattes, haut lieu de ponte des tortues, que de nids ! Toute la plage est un véritable champ de labour. Le sable est entièrement retourné. Pas étonnant : on a su ensuite que 70 à 80 tortues viennent pondre ici chaque nuit pendant la saison, parfois même jusqu'à 150.
En continuant notre remontée de plage, on en a encore vues plusieurs. Rien que des Luth.
Toujours le même cérémonial : elles se hissent jusqu'au sable sec, creusent, pondent, rebouchent, brouillent les pistes et repartent vers l’océan en faisant moult détours.
Personne n'est venu troubler ce pur moment de bonheur, d’émotion et de communion avec la nature.








